Un propriétaire réalise une extension, une véranda ou un garage. Le permis de construire a été obtenu, les travaux achevés, mais la DAACT n’a jamais été déposée en mairie. Tant que le bien reste dans les mains du même propriétaire, la situation passe souvent inaperçue. Le décès change la donne : les héritiers récupèrent un bien dont une partie de la construction n’est pas officiellement conforme, et cette irrégularité administrative se transforme en problème juridique, fiscal et patrimonial concret.
DAACT manquante et succession : un blocage que le notaire détecte tôt
Lors de l’ouverture d’une succession, le notaire reconstitue le dossier du bien immobilier. Il vérifie les autorisations d’urbanisme, les surfaces déclarées et la conformité des constructions. Si une extension ou une modification a fait l’objet d’un permis de construire mais qu’aucune déclaration d’achèvement n’a été déposée, le notaire signale l’anomalie.
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Le problème ne se limite pas à un document manquant. Sans DAACT, la mairie n’a jamais validé la conformité des travaux. Cela signifie que la construction, même achevée depuis des années, reste juridiquement en suspens. Le notaire peut hésiter à formaliser la succession sur un bien dont une partie n’est pas régularisée, surtout si les héritiers envisagent une vente rapide.
Les héritiers se retrouvent alors dans une position inconfortable : ils doivent régulariser une situation créée par le défunt, parfois sans disposer des plans, du numéro de permis ou des documents techniques liés aux travaux.
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Prescription urbanistique et DAACT jamais déposée : ce que les héritiers peuvent invoquer
La question de la prescription revient systématiquement. Si les travaux ont été achevés depuis longtemps, les héritiers se demandent si l’absence de DAACT a encore des conséquences. La réponse dépend de la date d’achèvement et du type d’infraction.
En matière pénale, le délai de prescription pour une infraction au code de l’urbanisme court à compter de l’achèvement des travaux. Passé ce délai, la mairie ne peut plus engager de poursuites pénales. En revanche, la prescription pénale ne vaut pas régularisation administrative. Le bien reste non conforme au regard de l’urbanisme, même si aucune sanction pénale ne peut plus être prononcée.
Pour les héritiers, cette distinction a des conséquences directes :
- La mairie conserve le droit de refuser de nouvelles autorisations d’urbanisme sur un bien dont les travaux antérieurs ne sont pas déclarés conformes, ce qui bloque d’éventuels projets de rénovation ou d’agrandissement.
- Un acquéreur potentiel (ou son notaire) peut exiger la régularisation avant de finaliser une vente, allongeant considérablement les délais de cession du bien hérité.
- L’évaluation du bien dans le cadre de la déclaration de succession peut être contestée par l’administration fiscale si la surface réelle diffère de la surface déclarée.
Conséquences fiscales d’une construction non déclarée sur la succession
L’absence de DAACT a un effet en cascade sur la fiscalité. Quand des travaux augmentent la surface habitable (extension, aménagement de combles, construction d’une dépendance), le propriétaire doit normalement déposer une déclaration fiscale pour mettre à jour la valeur locative cadastrale. Sans DAACT, cette déclaration fiscale n’a souvent pas été faite non plus.
Les héritiers peuvent se retrouver redevables d’un rappel de taxe foncière portant sur plusieurs années. L’administration fiscale dispose en effet de la possibilité de recalculer la valeur locative du bien en intégrant les surfaces non déclarées. Ce redressement peut porter sur les années antérieures au décès, et la dette fiscale entre alors dans le passif de la succession.
Par ailleurs, la valeur vénale du bien déclarée dans la succession doit refléter la réalité. Un bien avec une extension non régularisée vaut moins qu’un bien identique en situation administrative claire. Les héritiers qui déclarent la valeur « théorique » du bien sans tenir compte de la non-conformité prennent un risque : soit ils surévaluent (et paient trop de droits de succession), soit ils sous-évaluent (et s’exposent à un redressement).
Régularisation de la DAACT par les héritiers : démarches et limites
Les héritiers peuvent déposer une DAACT au nom de la succession. Le dépôt est aujourd’hui possible par voie dématérialisée dans les communes qui l’ont prévu, ce qui simplifie la démarche pour un héritier résidant loin du bien ou à l’étranger. Il faut disposer des références de l’autorisation d’urbanisme initiale et des éléments techniques décrivant les travaux réalisés.
La difficulté principale tient à la reconstitution du dossier. Quand le défunt n’a laissé ni plans ni copie du permis de construire, les héritiers doivent demander une copie de l’autorisation en mairie et parfois faire intervenir un géomètre ou un architecte pour établir un relevé de l’existant. Ces frais s’ajoutent aux coûts de la succession.
Une fois la DAACT déposée, la mairie dispose d’un délai pour procéder au récolement, c’est-à-dire vérifier sur place que les travaux sont conformes à l’autorisation accordée. Si des non-conformités sont constatées (surface supérieure à celle autorisée, implantation différente), la situation se complique davantage : les héritiers devront soit déposer un permis de construire modificatif, soit effectuer une mise en conformité physique du bâtiment.

Vente du bien hérité avec une DAACT manquante : un frein réel
La majorité des héritiers souhaitent vendre le bien rapidement pour régler les droits de succession. Une DAACT jamais déposée ralentit ce processus. Le notaire chargé de la vente signale l’irrégularité dans le dossier de diagnostics et d’urbanisme transmis à l’acquéreur.
Un acquéreur informé négocie systématiquement une décote pour compenser le risque lié à la non-conformité. Certains acheteurs renoncent purement et simplement, surtout lorsqu’ils financent l’achat par un prêt bancaire : la banque peut considérer que le bien présente un risque juridique.
Les héritiers qui vendent sans régulariser s’exposent aussi à une action en vices cachés si l’acquéreur découvre ultérieurement que la construction ne respecte pas le permis initial. La responsabilité du vendeur (ici, l’indivision successorale) peut être engagée.
La régularisation avant la mise en vente reste la stratégie la moins risquée pour les héritiers, même si elle retarde la cession de quelques mois. Anticiper le dépôt de la DAACT de son vivant évite de transmettre un problème administratif à ses proches, au moment où ils gèrent déjà les formalités d’une succession.

